”  A veces las fronteras se deslizan o se confunden…”

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A veces las fronteras se deslizan o se confunden: basta con estar allí en aquel
momento. Yo presencié cómo le ocurría esto a un cuervo. Este cuervo es vecino mío. Jamás le he hecho el menor daño, pero tiene buen cuidado en mantenerse en la copa de los árboles, volar alto y evitar la Humanidad. Su mundo empieza donde se detiene mi débil vista. Ahora bien, una mañana, nuestros campos se hallaban sumidos en una niebla extraordinariamente espesa, y yo caminaba a tientas hacia la estación. Bruscamente, aparecieron a la altura de mis ojos dos alas negras y enormes, precedidas de un pico gigantesco, y todo se alejó como una exhalación y con un grito de terror como espero no volver a oír otro en
mi vida. Este grito me obsesionó toda la tarde. Llegué hasta el punto de mirarme al espejo, preguntándome qué habría en mí de espantoso…

Por fin comprendí. La frontera entre nuestros dos mundos se había borrado a causa de la niebla. El cuervo, que se imaginaba volar a su altura acostumbrada,vio de pronto un espectáculo sobrecogedor, contrario para él a las leyes de la Naturaleza. Había visto a un hombre que andaba por los aires, en el corazón mismo del mundo de los cuervos. Había presenciado una manifestación de la rareza más absoluta que puede concebir un cuervo: un hombre volador…

Ahora, cuando me ve desde arriba, lanza unos pequeños gritos, y yo descubro en ellos la incertidumbre de un espíritu cuyo universo se ha desquiciado. Ya no es, ya no volverá a ser jamás como los otros cuervos…

“Le matin des magiciens” – Jacques Bergier et Louis Pauwels

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“..il ne sera jamais plus comme les autres..”

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   Parfois, les frontières glissent ou s’interpénètrent : il suffit d’être là à ce moment. J’ai vu la chose arriver à un corbeau. Ce corbeau-là est mon voisin. Je ne lui ai jamais fait le moindre mal, mais il prend soin de se tenir à la cime des arbres, de voler haut et d’éviter l’humanité. Son monde commence là où ma faible vue s’arrête. Or, un matin, toute notre campagne était plongée dans un brouillard extraordinairement épais, et je marchais à tâtons vers la gare. Brusquement, à la hauteur de mes yeux, apparurent deux ailes noires immenses, précédées d’un bec géant, et le tout passa comme l’éclair en poussant un cri de terreur tel que je souhaite ne plus jamais rien entendre de semblable. Ce cri me hanta tout l’après-midi. Il m’arriva de scruter mon miroir, me demandant ce que j’avais de si révoltant… J’ai fini par comprendre. La frontière entre nos deux mondes avait glissé, à cause du brouillard. Ce corbeau, qui croyait voler à son altitude habituelle, avait soudain vu un spectacle bouleversant, contraire pour lui aux lois de la nature. Il avait vu un homme marchant en l’air, au coeur même du monde des corbeaux. Il avait rencontré une manifestation de l’étrangeté la plus absolue qu’un corbeau puisse concevoir : un homme volant…

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   Maintenant, quand il m’aperçoit, d’en haut, il pousse des petits cris, et je reconnais dans ces cris l’incertitude d’un esprit dont l’univers a été ébranlé.

 Il n’est plus, il ne sera jamais plus comme les autres corbeaux…  

Le matin des magiciens – Jacques Bergier et Louis Pauwels

-Créateurs du réalisme fantastique

 

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Illustration by Ota Janeček

 

 

en imitant à Dujardin

Le ciel est calme, le brouillard descend dans les rues, je suis calme, le champ cède son brouillard à la ville, le silence, le champ sourd et solitaire, il reste pensif, rêveur, je rêve aussi, j’ai froid, les contours des passants deviennent confus, brumeux, les toits accueillent des gouttes d’eau qui planent, le feuillage, l’écho des talons sur le pavé est atténué par le feuillage, il n’y a plus de passants, les rues engourdies coulent, j’ai toujours froid, ou c’est, peut-être, mon âge. Une voix fine s’éparpille sur le froid, résonne sur les toits, tombe sur le pavé, un oiseau orne l’air froid avec son collier de sons, des cristaux de gouttes d’eau, tout est immobile, je suis immobile, ma main, hier, une petite main jeune et chaude toucha la mienne, je suis effectivement âgé, mes mains sont laides et froides, la petite fille du boulanger, quelle tendre créature, quelle solitude, quel froid. Les chats réchauffent les toits au lieu de cheminées, les chats mouillés,  je suis seul, les troupeaux errants, là, loin de la ville, sur le champ, les clochettes de ces bêtes, de précieuses bêtes, sonnent comme un chant religieux, calme, je reste calme et vieux.

– En imitant le monologue intérieur de “Les lauriers sont coupés”

–  L’exercice pour la matière Poesía y Narrativa Francesas: Siglos XIX y XX, dirigée par Vicenta Hernández Álvarez

– Faculté de Philologie, Département d’Études françaises USAL

 

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“…quite happy here without me”

 

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I am writing these lines sitting outdoors, in winter,

on a white iron chair, in my shirtsleeves, a little drunk;

the lips move slowly enough to hinder

the vowels of the mother tongue,

and the coffee grows cold. And the blinding lagoon is lapping

at the shore as the dim human pupil’s bright penalty

for its wish to arrest a landscape quite happy here without me.

Brodsky

 

 

STROFE VENEZIANE (2) Brodsky

“E via di corsa,

come scolari sopra le ringhiere

con la bacchetta, i primi raggi battono

sopra colonne, arcate, alghe, mattoni.”

 

” Scialuppe, motoscafi, lance, barche,

come scarpe spaiate del Creatore,

calpestano con zelo archi e pinnacoli,

l’espressione del volto.”

 

“Due, tre grassi piccioni che si staccano

da un capitello son fatti gabbiani:

questa la tassa per volar sull’acqua…”

 

 

 

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“…o ponernos el sombrero…”

 

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de Chaim Soutine

“Mis ojos buscan eso
que nos hace sacarnos los zapatos
para ver si hay algo más sosteniéndonos debajo
o inventar un pájaro para averiguar si existe el aire
o crear un mundo
para saber si hay dios
o ponernos el sombrero
para comprobar que existimos.”

Roberto Juarroz

“…pensar en un hombre se parece a salvarlo…”

Pienso que en este momento
tal vez nadie en el universo piensa en mí,
que sólo yo me pienso,
y si ahora muriese,
nadie, ni yo, me pensaría.
Y aquí empieza el abismo,
como cuando me duermo.
Soy mi propio sostén y me lo quito.
Contribuyo a tapizar de ausencia todo.
Tal vez sea por esto
que pensar en un hombre
se parece a salvarlo.

Roberto Juarroz

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